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Un centimètre de ciel

il y a 17 heures
2 min de lecture
Illustration de la lettre « Un centimètre de ciel » – Lettres à une fille

Il y a des hommes qui passent un temps infini dans un centimètre de ciel.


J'en ai connu un. Il restaurait la voûte d'une église désacralisée du village voisin ; on allait en faire une salle de musique. Il travaillait allongé sur un échafaudage, le visage à quarante centimètres de l'enduit. Un pinceau très fin. Une loupe. Une lampe qui chauffait trop.


Il connaissait ce bleu comme personne.


Il savait qu'il venait d'une pierre apportée d'Afghanistan, broyée et lavée sept fois. Il savait où le peintre, des siècles plus tôt, avait appuyé plus fort. Il savait reconnaître l'endroit où il s'était arrêté, exactement là où la couleur avait séché en formant une fine couche.


Il connaissait intimement ce coin de ciel.


Six mois ainsi. Le matin, il montait. Le soir, il redescendait les mains sales et le dos endolori. Et le lendemain, il recommençait. Sa journée tenait là, dans cet espace.


Puis on démonta l'échafaudage.


Il fallut trois jours. Des tubes, des planches, de la poussière qui se dispersait lentement dans la lumière. Lui resta au fond de la nef, appuyé contre une colonne, à attendre.


Il leva les yeux.


Il y avait une femme aux cheveux noirs, à la peau olivâtre, aux boucles d'oreilles en or. Une gitane. Un point de lumière qui déchirait et réchauffait l'immensité du bleu. La traîne d'une comète dans un ciel volontairement laissé aride, sans étoiles. Où chacun pouvait imaginer son astre.


Et quand la lumière se déplaçait, cette fresque semblait différente. Mais toujours merveilleuse.


Son bleu était là-dedans, quelque part.


Le restaurateur resta dans la nef jusqu'au soir. Il tournait autour, se déplaçait de quelques pas, revenait en arrière. Il cherchait son morceau.


Il était là, mais il ne le trouva pas.



 
 

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