Lettres jamais envoyées

Il y a des choses qui se disent.
Des choses qui s'écrivent.
Et puis il y a des choses qui s'écrivent, mais que nous ne dirons jamais.
Des lettres qui ne partiront pas, des messages qui ne trouveront pas de destinataire.
Et pas parce qu'il n'y a personne à qui les envoyer, mais parce que ce n'est pas là l'essentiel.
L'essentiel, c'est de les écrire.
L'essentiel, c'est de comprendre ce qui nous remue à l'intérieur.
Parfois, j'ai écrit des lettres à des personnes que je n'aurais jamais eu le courage de regarder dans les yeux pour leur dire les mêmes choses.
D'autres fois, je les ai écrites à des personnes que j'aime profondément, mais avec qui, pour une raison stupide, je n'ai jamais partagé certains mots.
Des lettres écrites non pas pour faire la paix ou m'expliquer avec les autres, mais probablement pour faire la paix avec moi-même.
Écrire à quelqu'un sans rien lui envoyer peut sembler un jeu d'adolescent ou une étrange thérapie. En réalité, c'est un acte de réflexion simple et profond.
Parce que lorsque nous mettons nos pensées en ordre, les émotions commencent à se révéler pour ce qu'elles sont.
Non plus seulement des réactions ou de vagues malaises, mais des mots compréhensibles, qui portent souvent un sens plus grand que nous ne l'attendions.
Parfois, nous écrivons avec colère.
Puis nous relisons, et nous nous apercevons que cette colère n'était que de la tristesse déguisée.
Parfois, nous écrivons pleins de certitudes, et en le faisant nous nous rendons compte qu'il y avait un doute auquel nous n'avions pas laissé de place.
Écrire sans le poids de devoir être compris est libérateur.
Écrire seulement pour se comprendre, encore plus.
Parfois, nous écrivons à un père.
Parfois, à un ami qui n'est plus là.
À un amour perdu.
Et parfois, peut-être plus souvent que nous ne l'admettons, nous écrivons à une part de nous-mêmes.
Les mots n'ont pas toujours besoin d'être remis.
Mais ils ont besoin d'être écrits.
Et pas besoin d'être poète.
Pas besoin de métaphores, de points-virgules, de titres en gras.
La sincérité suffit.
La beauté n'est pas dans l'élégance des phrases, mais dans la vérité qu'elles portent.
Une vérité qui, parfois, n'apparaît que parce que nous l'avons écrite.
Écrire des lettres que personne ne lira est un exercice de conscience.
C'est une forme de soin.
Une petite pièce silencieuse dans laquelle nous pouvons nous regarder avec plus de bienveillance.
Peut-être que le sens n'est pas d'écrire pour être compris, mais d'écrire pour se comprendre.
Parce que certaines lettres, sans jamais partir, arrivent exactement là où elles doivent arriver : à nous.
Écrire des lettres qui ne partiront jamais est un exercice d'écoute et de clarté intérieure. Pas besoin d'être poète : il suffit de la sincérité de regarder en soi et de mettre par écrit ce qui compte vraiment. Parfois, alors que nous croyons parler aux autres, nous nous parlons en réalité à nous-mêmes.
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