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Kairos & Chronos

il y a 18 heures
2 min de lecture
Illustration de la lettre « Kairos & Chronos » – Lettres à une fille

Mon téléphone a sonné.


C'était un ami. Il m'a demandé si j'avais cinq minutes pour un café.


Nous nous sommes retrouvés au bar du coin, un de ces endroits où l'on entre en pensant rester peu de temps. Nous étions debout au comptoir. Il y avait l'odeur du café fraîchement moulu, les tasses qui claquaient sur les soucoupes, la machine qui soufflait de la vapeur derrière lui, pendant que la lumière claire traversait la vitrine.


Dans ces cinq minutes, il m'a dit qu'il allait partir.


De l'autre côté du monde. Pour toujours.


Je me souviens de tout de cette matinée. Le ton de sa voix. Le silence soudain autour de moi. La façon dont, pendant quelques secondes, il m'a semblé que tout continuait normalement alors que quelque chose, en moi, s'était arrêté. Du reste de cette semaine, j'ai presque tout oublié.


Les Grecs avaient deux mots pour dire le temps. Chronos, celui que l'on compte : les heures, les échéances, les choses à faire, le temps que nous poursuivons et qui passe vite.


Puis il y a Kairos.


Le temps qui ne se mesure pas, parce qu'il reste. C'est un appel inattendu, une main serrée un peu plus longtemps, une étreinte sur le pas de la porte avant de partir, un orage regardé le nez contre la vitre. Ou la dernière fois que tu fais quelque chose sans savoir que ce sera la dernière.



En grandissant, nous apprenons à vivre dans Chronos. Mais il y a des instants qui échappent aux règles, et ce sont ceux que nous portons en nous le plus longtemps.


De cette matinée, je n'ai jamais su combien de temps avaient vraiment duré ces cinq minutes.


Je me souviens seulement du café qui, à un moment donné, n'était plus chaud.


Et de nous, toujours là.

 
 

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